#27 – Aventures en Atlantique

#27 – Aventures en Atlantique

janvier 7, 2020 Uncategorized 0

Après un été fort « riche » pour l’équipe, que se passe t-il pour Voile Actée cette année ? Le bateau est à Concarneau, où Cécile fait un service civique avec Explore. Anouk et Greg’ sont, entre autre, occupés par les études ou le travail. Le reste de l’équipe, c’est-à-dire Raph, Benjamin, Pauline et Nino, a décidé d’entreprendre une longue itinérance en bateau stop (eh bonjour, vous voulez passez 3 semaines avec nous sur 30 m2 ?), à travers l’Atlantique. Voici le récit ennuyeux et palpitant, un brin philosophique, de Pauline et Nino :

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Noël 2019. Sous la voie lactée. A quelques centaines de Miles de toute côte, à 5000 m du fond, au milieu de l’océan Atlantique… Autour de notre sapin en carton, nous finissons la préparation de quelques sablés, gingembre confit, et notre bûche de noël. Il est 5h du matin, nous sommes au milieu de notre quart de veille.

Nous sommes partis le 10 décembre des Canaries, sur un catamaran Nautitech de 45 pieds, le grand luxe ! 4 cabines, cuisine en U, désalinisateur pour avoir de l’eau douce, hydrogénérateur et panneaux solaires, météo 2 fois par jour, GPS, autant dire que nous partons (trop ?) confiants, presque le goût d’une aventure qui s’annonce trop facile. Nous embarquons avec notre capitaine Olivier, ophtalmo’ retraité, pianiste, une dizaine de transat à son actif, réservé malgré une vie pleine d’aventure ; et Alain, ancien journaliste, très bavard et curieux, bricoleur à tout va, et surtout très grand gourmand !

Les 5 premiers jours ont été… mouvementés si l’on puis dire ! Une houle de plusieurs mètres (pas de quoi alimenter un récit d’aventure non plus), du vent, et nous, jeunes marins, les ¾ du temps dans le lit, l’autre à faire des veilles à moitié endormis et tenter de cuisiner quelque chose qui ne ressortira pas une fois ingéré (merci les bananes, qui ont le même goût à l’aller qu’au retour !)

Notre quotidien est relativement calme. Nous prenons notre quart de 4h à 8h, puis sieste jusque 10h30, préparation du repas de midi, lecture et jeux, préparation du repas du soir, apéro, repas, dodo vers 20h30. Et puis voilà, vous faites copier coller sur 20 jours.

Nos lectures nous évoquent beaucoup de discussions intergénérationnelles, parmi lesquels : « comment agir en politique », « comment associer luttes sociales et climatiques », « jusqu’à quelle point peut-on penser global et comment intégrer les sentiments des autres dans les décisions de société », de petites philosophies dans la grandeur de l’océan. Nous lisons la Horde du Contrevent de Alain Damasio, qui nous avive la flamme de vivre, le mouvement, l’aventure, et nous apprend que « la seule trace qui vaille est celle que l’on se crée à la pointe extrême de ce que l’on peut ». Nous lisons également Sapiens de Yuval Noah, qui nous fait prendre beaucoup de recul, nous interroge face au « progrès » et aux évolutions de la société, de l’agriculture au transhumanisme. Le Monde Diplomatique et les révoltes actuelles, Philosophie Magasine et l’empathie avec les autres, Voile et Voiliers et les aventures aux 4 coins du globe.

Pour le côté voile, pas beaucoup de manœuvres au rendez-vous ! Quelques prises de ris (réduire la voilure quand il y a trop de vent), empanages (changer de direction par rapport au vent), sinon le pilote automatique fait le reste.

Nous prenons le temps. Celui de cuisiner et faire plaisir. Celui de contempler les étoiles. Celui de s’ennuyer, parfois. Celui de faire la sieste. Celui d’écrire. Ce temps après lequel on court et qui d’un coup prend une toute autre ampleur.

Et puis au bout d’un moment, on se demande qu’est-ce que l’on cherche ici, au milieu du rien, à se regarder le nombril, à philosopher sur le sens de sa vie, à contempler de l’eau, et encore de l’eau, et à espérer que la terre arrive sans trop tarder. Nous, les 2 montagnards piles électriques qui veulent « changer le monde », est-ce qu’on a notre place ici (éternelle question) ? Les avis divergent. Pauline trouve que trop de temps « mort » rime avec un excès de remise en questions et trop peu d’actions directes, Nino aime bien pousser la réflexion (à défaut d’agir ?) ; nous avons envie de créer, construire, lutter, et en même temps une prise de recul épargne des erreurs de parcours ; en tout cas l’expérience est plus spirituelle que sportive. Si nous avons appris quelque chose sur nous, c’est que notre milieu naturel est la montagne, pas l’océan. Posséder un voilier nous apparaît comme une contrainte matérielle et financière plus qu’un gain de liberté. Le mouvement et l’effort nous manquent. Cependant, la déconnection des « réseaux » nous fait un bien fou, nous pensons d’autant plus aux gens que l’on aime. La vie en groupe, la gestion des ressources, nous rappellent nos expériences en refuge, malgré un espace privé restreint, et l’impossibilité de « prendre l’air » (même sous 30 nœuds de vent), mais ça on le savait.

Alors après ces 20 jours entre dauphins, cookies, plancton, empanages, prises de ris, check de GPS pour savoir les Miles restants, vaisselle à l’eau salée, passage de tropique, et « terre en vue », nous voilà en Martinique pour la suite de l’aventure !

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